Résumé de “Face aux risques d’inondation”, livre de Mathilde Gralepois, Editions Rue d’Ulm, Sciences Durables, 2012

Tout le monde se souvient de la tempête Xynthia, et une question vient de suite à l’esprit : ses graves conséquences auraient-elles pu être évitées ? C’est de ce point que part Mathilde Gralepois, maître de conférence à l’Université François Rabelais de Tours et chercheuse au CITERES, en se demandant si une inondation, l’événement naturel le plus étendu en France, est le fruit d’un phénomène exceptionnel ou d’une contradiction entre plusieurs services de politique locale, notamment ceux de l’aménagement du territoire, de la prévention des risques et du développement durable.

L’auteur nous rappelle que la conscientisation d’une nécessité de mesures de prévention contre les risques naturels liés aux inondations est assez récente ; il faudra attendre les années 80 pour voir un début de raisonnement sur l’environnement dans les métropoles, puis une prise en mains par l’Etat, en 1995, des plans de prévention des risques naturels. De plus, la décentralisation de 1982-1986 va quelque peu compliquer la chose.

Au fur et à mesure des pages, Mathilde Gralepois prend le risque dédalique de mettre le nez dans les rapports politiques entre les collectivités territoriales et l’Etat : Celui-ci va rédiger un « porter-à-connaissance », document de données hydrographiques et hydrologiques sur lequel devront se baser les collectivités pour tracer leurs plans d’urbanisme ou donner les permis de construire. L’Etat conservant une primauté de décision sur les collectivités locales, c’est le premier rapport de force entre les deux pouvoirs publics.

Et les inondations dans tout ça ? Les zones passibles d’être sinistrées sont délimitées dans un plan de prévention d’inondation composé d’une carte et d’un règlement. L’Etat, encore une fois, le rédige. L’inconvénient est que ce plan n’est pas articulé avec celui d’urbanisme. Nouveau couac administratif.

Dernier accrochage, l’Etat se doit de caractériser l’aléa, autrement dit d’analyser le risque d’inondation de manière physique mais aussi selon les enjeux territoriaux. Seulement, les enjeux (commerciaux, sociaux, fonciers) leur sont fournis par les collectivités territoriales qui, ne voulant pas dévoiler leurs projets à l’avance, ne donnent pas toutes les informations nécessaires.

Enfin, la prévision des inondations n’a jamais été prise en cause dans l’Agenda 21, texte référent quant au développement durable urbain. Ce concept est resté selon l’auteure trop naturaliste et a délaissé la partie de la prévention des risques naturels.

En mettant le doigt dans l’engrenage et en prenant comme exemple les villes de Lyon et de Nantes, Mathilde Gralepois nous offre une vision de la dichotomie politique, de sa sectorisation quant à un phénomène comme les inondations ; ajouté à cela un manque criant de participation active de la population qui voit les décisions d’aménagement urbain passer devant son nez sans en voir les tenants. Un livre malheureusement d’actualité avec le récent scandale de l’ONEMA et de l’opacité des données publiques sur l’eau.

Ce livre est hautement recommandable pour effectuer une première approche du système politique local français et pour se sensibiliser aux difficultés administratives pour mettre en place des installations préventives contre les inondations, pourtant friandes du territoire hexagonal.

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Les machines élévatrices d’eau dans la Méditerranée antique

D’avril à juin 2012, Jean-Pierre Brun, archéologue, a mené à bien une série de conférences au Collège de France sur le thème Techniques et économies de la Méditerranée antique. Il y eut notamment deux heures (une heure de conférence, une heure de débat) consacrées à l’étude archéologique des norias, entre autres, machine hydraulique automotrice fonctionnant grâce à la force du courant et servant à faire remonter l’eau du lit du fleuve vers les berges cultivées. Elle prend la forme d’un moulin à eau avec des seaux à l’extrémité de chaque pale. L’eau prise au fleuve ou à la rivière est ensuite vidée au point haut dans un bassin de recueillement des eaux ou dans un canal. Cette machine, fortement utilisée sous l’empire romain, se retrouve donc un peu partout en Languedoc (Uzès, sur l’Agoût etc.) où on l’appelle “pouzarenque”. Bien que son nom vienne de l’arabe Nu-urah (la première machine de l’eau), il est quasi certain que les peuples du Maghreb ne l’aient connue que lors de la conquête de l’Espagne, où l’empire romain avait pris ses marques plusieurs siècles auparavant. En temps qu’outil d’irrigation, elle a permis, sur le pourtour méditerranéen, de rendre cultivables des terres jusque-là trop isolées ou trop en hauteur, et donc la création de terrasses dont l’architecture caractéristique se retrouve dans les hauts-cantons français, espagnols, italiens, arabes etc. En temps que roue, elle a aussi servi à Héliogabale, empereur romain, pour torturer des voleurs et autres gens de mauvaise fréquentation.

Une noria activée par un animal et non par le courant de l’eau, comme par exemple pour sortir l’eau du puits, s’appelle un saqiya. Elle est supposée être originaire du Maghreb. Des vestiges ont été retrouvés notamment grâce à l’installation nécessaire autour des puits, la forme ovale de ceux-ci, puis par l’utilisation de vasques en terre cuite pour contenir l’eau ; certaines populations allaient même jusqu’à créer des aqueducs souterrains reliant les puits entre eux (La Soukra, Carthage). Une installation de saqiya a notamment été retrouvé dans la villa Careiron et Pesquier, à Milhaud dans le Gard.

D’autres machines élévatrices ont également contribué à la culture des terres hautes et arides et au façonnement du paysage tel que nous le connaissons aujourd’hui: le chadouf, système de puits à balancier, était et est toujours utilisé dans les pays du Maghreb, mais la Méditerranée agissant comme un grand diffuseur d’idées, le système a été adopté dans le sud-ouest de la France où il est appelé “puits à balancier des Landes”, pitrangle ou canlèuo, jusqu’en Roumanie. De par sa structure relativement simple, le chadouf a été le premier moteur d’irrigation des terres au IIIème siècle av. J.-C.. Fabriqué en bois, il n’a pas été retrouvé d’éléments d’époque dans les sites archéologiques mais des fresques et des peintures en montrent l’utilisation (Oudna, Tunisie, maison des Laberii).

La vis d’Archimède est un autre type de matériel hydraulique permettant la remontée manuelle de l’eau dans un canal ou un bassin de recueillement. Peu présente dans les textes d’époque, elle a sûrement été désignée sous d’autres termes rendant sa détermination historique difficile.

Après l’initiation des civilisations de Mésopotamie et d’Egypte, en parallèle, se sont distingués plusieurs parcours mettant l’agriculture comme moteur principal d’une industrialisation grimpante. L’eau y tiendra une place importante, le moulin à eau étant considéré comme le début d’une ère pré-industrielle durant l’empire romain, couplée à une “méditerranéisation” à l’origine d’un choc entre savoirs-faire et techniques diverses.

Norias de Hama, Syrie.
Puits à balancier, en Gascogne, France.
Saqiya de la famille Daramalli, Egypte.

Collège de France, Techniques et économies de la Méditerranée antique, 2012: ici

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